CFP Neomedieval 3.2 (2026) Le retour éternel d’un roi malléable : réception et réinterprétation du mythe arthurien dans la culture contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

2025-09-15

Organisateur: Julio San Román Cazorla (Universidad de Oviedo, romanjulio@uniovi.es)

Depuis ses origines, la figure du roi Arthur est entourée d’une ambiguïté entre l’historique et le légendaire, ce qui a facilité sa permanence et sa réinvention incessante pendant plus d’un millénaire. Loin d’être un vestige du passé médiéval, le mythe arthurien a fait preuve d’une extraordinaire plasticité pour s’adapter aux discours, aux formats et aux besoins symboliques de chaque époque. Ainsi, du chef de guerre qui aurait combattu les Saxons dans le contexte post-romain de la Bretagne antique tardive au monarque messianique qui reviendra lorsque la patrie en aura besoin, Arthur a incarné de multiples fonctions narratives, politiques, religieuses et identitaires. Ce dossier thématique se propose d’étudier, dans une perspective interdisciplinaire, la permanence, l’appropriation et la redéfinition du cycle arthurien depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours.

Le cycle arthurien, tel que nous le connaissons, commence à prendre forme avec l’Historia Regum Britanniae de Geoffrey de Monmouth (vers 1136), une chronique latine qui dote Arthur d’une généalogie, d’une cour, d’une épopée de conquêtes et d’une dimension quasi impériale. Cependant, dès cette époque, des éléments provenant d’une tradition orale celtique antérieure sont déjà rassemblés, comme le mythe du retour du roi ou le lien avec le surnaturel. À partir de Geoffrey, des auteurs tels que Chrétien de Troyes, Robert de Boron ou les compilateurs du cycle de la Vulgate ont développé un corpus littéraire combinant des éléments chrétiens, des motifs chevaleresques, un symbolisme eschatologique et du folklore celtique, et établissant les personnages et les structures narratives qui constitueraient la matière arthurienne : le Saint Graal, la Table ronde, la trahison de Lancelot, la sorcellerie de Morgane, la figure ambiguë de Merlin, etc.

Au cours du Moyen Âge, le cycle arthurien a connu une immense diffusion tant en vers qu’en prose, en français, en moyen anglais, en allemand ou en vieux norrois. Cependant, avec l’arrivée de la Renaissance et l’apogée de l’humanisme, les idéaux chevaleresques associés au monde arthurien ont été progressivement remplacés par une vision du monde centrée sur la raison, l’individu et l’héritage classique. Bien qu’il y ait eu des références occasionnelles au mythe, ce n’est qu’au XIXe siècle, avec le romantisme, qu’une véritable renaissance arthurienne (Arthurian Revival) a marqué le début de sa réception moderne.

Des auteurs tels que Lord Alfred Tennyson, Algernon Charles Swinburne ou Matthew Arnold ont réintroduit Arthur dans le canon littéraire à travers de nouvelles coordonnées esthétiques et idéologiques. L’intérêt pour le passé médiéval, les légendes celtiques et les archétypes héroïques s’est entremêlé à une sensibilité moderne qui commençait à remettre en question la figure du héros, la pureté ou l’idéalisme. Cette relecture romantique s’est également reflétée dans la peinture préraphaélite (comme dans La Dame de Shalott de John William Waterhouse), dans la musique (comme dans les opéras Lohengrin, Tristan et Iseult ou Parsifal de Wagner) et, plus tard, dans le cinéma, la bande dessinée ou l’animation.

Le XXe siècle a marqué une diversification sans précédent du cycle arthurien. Dans un contexte dominé par les guerres mondiales, l’expansion des divertissements de masse et l’essor des médias audiovisuels, la légende arthurienne a été transformée en clé humoristique (Mark Twain, Monty Python), fantastique (T. H. White, Marion Zimmer Bradley), épique (Excalibur de John Boorman, 1981), et même futuriste (Camelot 3000 de Mike W. Barr et Brian Bolland, 1982-1985). Le mythe a souvent été dépouillé de sa solennité pour explorer de nouvelles dimensions : le conflit intérieur des héros, la marginalité des magiciens, le désir réprimé des dames ou la violence structurelle de la chevalerie. À travers ces transformations, le mythe arthurien a servi de dispositif critique pour réfléchir sur le pouvoir, la masculinité, l’impérialisme, la spiritualité ou la mémoire historique.

Actuellement, loin d’être épuisé, le cycle arthurien continue de générer de nouvelles adaptations et réinterprétations. Des jeux vidéo (Tainted Grail : The Fall of Avalon, 2025) aux séries pour adolescents (Maldita, 2020), en passant par des films à gros budget (Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur de Guy Ritchie, 2017, ou Le Chevalier vert de David Lowery, 2020) ou des réinterprétations féministes, queer ou décoloniales (Lanza de Nicola Griffith, 2022), la légende du roi Arthur fonctionne comme un espace symbolique où convergent tradition et modernité. Quelles valeurs les figures de Merlin, Guenièvre ou Lancelot projettent-elles aujourd’hui ? Quel rôle joue le Graal dans la spiritualité postmoderne ? Comment Camelot s’est-il transformé en utopies (ou dystopies) contemporaines ? Quelle fonction remplit le retour du roi dans un monde désenchanté ?

Ce dossier thématique vise à rassembler des contributions universitaires qui analysent les différentes façons dont le cycle arthurien a été réinterprété, réécrit, parodié ou remis en question depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours. Nous invitons les chercheurs et chercheuses dans les domaines de la littérature comparée, des études culturelles, de l’histoire, des médias audiovisuels, de l’art, de la musique, de la philosophie, de la philologie, du théâtre ou des jeux vidéo à envoyer des articles originaux qui abordent ces questions et d’autres dans une perspective critique, théorique ou historiographique. Les travaux qui abordent les axes de recherche suivants seront particulièrement bienvenus :

  1. Réécritures littéraires du cycle arthurien du XIXe siècle à nos jours. Représentations du roi Arthur et de la Table ronde au cinéma, à la télévision et dans l’animation.
  2. L’imaginaire arthurien dans la bande dessinée, les jeux vidéo et les récits transmédias.
  3. Approches féministes, queer ou postcoloniales de la matière bretonne.
  4. Le mythe du Graal et sa redéfinition moderne.
  5. Le retour messianique du roi Arthur dans des contextes historiques et politiques.
  6. Réception des personnages clés (Merlin, Guenièvre, Morgane, Perceval, Gauvain, etc.).
  7. Adaptations musicales : opéra, rock symphonique, comédies musicales.
  8. L’ironie, la satire et la parodie dans la réinterprétation du cycle arthurien.
  9. Nostalgie, médiévalisme et construction d’identités nationales à travers Arthur.

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